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2.5. L'éducation et la liberté d'expression

Une fois écarté le risque de corruption, l’élément principal qui fera le succès de la Démocratie Numérique est la qualité de l’engagement citoyen.

La Démocratie Numérique confie le pouvoir politique à ceux qui démontrent un niveau minimum d’éducation, de compréhension de la chose publique et d’intérêt pour la participation au bien commun. La citoyenneté n’est pas automatique : elle se mérite.

L’accès à la citoyenneté est conditionné par le passage d’un examen qui vérifie une compréhension minimale :

  • De l’histoire des systèmes politiques.
  • Des textes fondateurs de la Démocratie Numérique.
  • Du fonctionnement des institutions et des enjeux liés à l’exercice du pouvoir.

Il ne s’agit pas de former une nouvelle élite. La formation est gratuite, accessible à tout âge et disponible pour tous. Les Citoyens n’ont aucun droit supplémentaire sinon celui de voter et de participer à la gouvernance. Tout le monde peut devenir Citoyen.

C’est un rempart contre la passivité et la médiocrité politique. C’est aussi un acte fondateur : en passant l’examen, chaque Citoyen s’engage personnellement dans la vie de la Démocratie Numérique. Un bon indicateur de la maturité du système sera la proportion de Citoyens parmi la population.

La formation du Citoyen commence à l’école. Or l’école n’a plus le monopole du savoir : il est désormais disponible partout, à tout moment, pour tous. Loin de la rendre obsolète, cette abondance lui permet de se recentrer sur trois missions essentielles.

Transmettre les savoirs fondamentaux. Lire, écrire, compter, maîtriser les outils numériques, et surtout apprendre à apprendre. Il s’agit d’abord d’apprendre à penser ; le reste est déjà là, accessible en permanence.

Former le Citoyen. Un tronc commun d’éducation historique, politique, économique et sociale, complété par l’exégèse des textes fondateurs : Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, Constitution Universelle, Constitution Nationale. La vie du groupe apprend le débat, la confrontation des idées et l’esprit critique. Cette formation mène naturellement à l’examen de citoyenneté : l’école prépare des Citoyens, pas seulement des diplômés.

Apprendre à bien vivre. Gérer sa santé, construire de bonnes relations et de bonnes habitudes, tenir ses finances personnelles. Des individus équilibrés construisent une société équilibrée.

L’intelligence artificielle transforme la façon d’accomplir ces missions. Chaque élève dispose d’un mentor individuel : une IA qui le suit dans la durée, adapte le programme à son rythme, corrige ses travaux et nourrit sa curiosité. Les travaux de Benjamin Bloom l’ont montré dès 1984 : le tutorat individuel produit des résultats spectaculairement supérieurs au cours collectif. La classe devient un lieu où chacun avance sur son propre parcours, au sein du groupe.

Le maître n’en disparaît pas, au contraire : il se recentre sur l’humain. Transmettre le goût d’apprendre, animer le débat, accompagner la vie collective. Il y a de la valeur dans les cours de récréation !

Le débat public doit permettre à tous de s’exprimer librement, Citoyens ou non. La liberté d’expression est la règle ; la loi n’en borne l’exercice que pour prévenir un dommage direct à autrui, sous le contrôle de la Cour Constitutionnelle. Elle s’applique aux individus, aux organisations, aux partis et aux médias, sur toutes les plateformes physiques ou numériques. Dans ce cadre, nul n’est inquiété pour ses prises de position publiques.

Les médias peuvent opérer en toute indépendance des milieux politiques ou économiques. Lorsque ce n’est pas le cas, leur financement et les conflits d’intérêt de leurs auteurs doivent être systématiquement publiés.

La liberté d’expression ne suffit pas si les conditions du débat sont faussées. Une opinion minoritaire, choquante ou simplement fausse doit pouvoir être exprimée. Mais une armée de faux comptes, une campagne financée en secret, un algorithme qui amplifie certaines positions sans le dire, ou une IA politique présentée comme un citoyen ordinaire ne relèvent pas de la liberté d’expression : ce sont des fraudes sur le débat lui-même.

La Démocratie Numérique répond à ce risque par la transparence, pas par la censure.

Sur les plateformes officielles de débat et de votation, chaque contribution indique sa nature : Citoyen identifié, pseudonyme, anonyme autorisé, organisation, média, IA politique. Chacun peut parler, mais se faire passer pour ce que l’on n’est pas devient détectable, contestable et sanctionnable. Les campagnes coordonnées restent possibles lorsqu’elles sont assumées ; elles deviennent problématiques lorsqu’elles se dissimulent.

Les plateformes numériques qui dépassent un seuil d’influence démocratique, mesuré par la part d’audience des contenus à portée politique et fixé par la Constitution Nationale, doivent rendre leurs algorithmes de recommandation auditables, et lorsque leur rôle devient structurant dans le débat public, open source. La question n’est pas de contrôler les opinions, mais de savoir pourquoi certaines sont montrées à des millions de personnes et d’autres enterrées sans explication.

Les médias, les plateformes et les IA politiques déclarent leurs financements, leurs liens d’intérêt et, pour les systèmes algorithmiques, leurs objectifs d’optimisation. Un média engagé est légitime ; un média financé en secret ne l’est pas. Une IA politique orientée est légitime ; une IA politique qui cache son origine ne l’est pas.

La plateforme de débat de la Démocratie Numérique, parce qu’elle est open source, auditée et sous contrôle citoyen, devient le lieu de référence des délibérations officielles. Elle ne remplace pas le reste de l’espace public. Elle assure qu’au moins un espace central du débat reste publiquement vérifiable : toute manipulation y est visible, contestable et réversible.

L’intelligence artificielle participe au débat public, directement ou indirectement. Elle doit donc pouvoir être programmée librement, de façon à représenter les idées et les valeurs de chacun.

Des IA développeront les arguments des différents courants de pensée, enrichissant la qualité du débat. D’autres IA feront la synthèse des points de vue présentés et faciliteront une prise de décision instruite. L’intelligence artificielle ne remplace pas le jugement citoyen, elle l’éclaire.

Il s’agit finalement de permettre des débats de qualité, qui augmenteront les chances de mettre en œuvre des politiques favorables au bien commun.

Références

  • Democracy When the People Are Thinking, James Fishkin, 2018. Vingt-cinq ans de sondages délibératifs dans le monde démontrent que les citoyens ordinaires, une fois informés et délibérant, prennent des décisions de qualité.
  • Innovative Citizen Participation and New Democratic Institutions, OECD, 2020. Plus de 300 expériences de délibération citoyenne recensées dans les pays de l’OCDE : la preuve empirique que le modèle fonctionne.
  • Democracy and Education, John Dewey, 1916. L’ouvrage fondateur sur le lien indissociable entre éducation et démocratie : sans citoyens éduqués, pas de démocratie viable.
  • Benjamin Bloom, The 2 Sigma Problem, Educational Researcher, 1984. Les élèves suivis par un tuteur individuel réussissent spectaculairement mieux que ceux des cours collectifs : le fondement empirique de l’IA-mentor.