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4.3. Le pouvoir judiciaire

La justice est le contre-pouvoir par excellence. En Démocratie Numérique, elle est strictement indépendante des pouvoirs législatif et exécutif, dispose de son propre financement et organise son fonctionnement en toute autonomie. Elle est gratuite et accessible à tous.

Le système judiciaire est complexe et dépend fortement de l’héritage juridique de chaque pays. Son organisation variera en fonction des situations. Dans les grandes lignes, on retrouvera cependant toujours les cours suivantes.

En droit public :

  • La Cour constitutionnelle : elle vérifie la conformité des lois avec la Constitution, rédige des avis sur les propositions soumises au vote et tranche en dernier recours les questions de constitutionnalité.
  • Les cours pénales : elles sanctionnent les comportements contraires aux lois. Le droit administratif peut y être intégré ou faire l’objet de tribunaux séparés.

En droit privé :

  • Les cours civiles : elles arbitrent les conflits entre personnes.
  • Les cours économiques : elles arbitrent les conflits commerciaux.

Étant donné l’importance de la Constitution dans la Démocratie Numérique, la Cour constitutionnelle joue un rôle central. C’est la plus haute instance juridique du système.

Elle est composée de sept juges nommés pour sept ans, avec le renouvellement d’un juge par an. Ce rythme assure la continuité de l’institution et un travail de groupe efficace. Les juges sont tirés au sort parmi des candidats volontaires ayant démontré une expertise reconnue en droit constitutionnel, pré-sélectionnés par le Sénat (s’il existe) et les membres en exercice de la Cour. Une expérience dans un mandat représentatif ou exécutif est un atout.

La Cour constitutionnelle travaille de façon indépendante du pouvoir politique et économique. Ses juges désignent l’un des leurs comme porte-parole.

La justice est un corps professionnel. Les juges sont sélectionnés sur concours et exercent leur métier dans la durée. Ce choix est cohérent avec celui de l’exécutif : la compétence technique est essentielle pour rendre la justice avec rigueur.

Il y a deux exceptions à ce principe :

  • Les juges de la Cour constitutionnelle, tirés au sort parmi des experts comme décrit ci-dessus.
  • Les jurys citoyens, tirés au sort parmi l’ensemble des Citoyens pour les affaires pénales les plus complexes, lorsqu’un jugement par les pairs est approprié.

La police judiciaire dispose de pouvoirs étendus pour enquêter, tant sur les crimes et délits que sur le fonctionnement des institutions elles-mêmes.

L’IA transforme la justice en la rendant plus rapide, plus accessible et plus cohérente.

L’assistance aux Citoyens. Chaque Citoyen dispose d’un assistant juridique capable de l’aider à constituer un dossier, comprendre ses droits, évaluer ses chances et naviguer la procédure. La justice cesse d’être un privilège de ceux qui peuvent s’offrir un avocat : l’IA la rend réellement gratuite et accessible à tous.

L’analyse des affaires. L’IA dispose d’un accès instantané et illimité à l’ensemble des textes de loi et de la jurisprudence. Elle peut analyser un dossier, identifier les précédents pertinents, développer ou synthétiser une argumentation et proposer un verdict motivé. Ce travail est transparent : le raisonnement de l’IA, les textes sur lesquels elle s’appuie et les précédents qu’elle invoque sont explicites et vérifiables.

Le traitement à trois niveaux. Le système judiciaire s’organise en trois étages :

  • Premier niveau : l’IA. Le traitement initial des affaires est largement automatisé. Soumission des dossiers, éléments de la défense, analyse et proposition de verdict : l’IA prend en charge les étapes qui ne nécessitent pas de jugement humain. Ce premier niveau est initialement supervisé par un juge professionnel ; à mesure que la confiance s’établit, l’autonomie de l’IA peut s’étendre progressivement, en commençant par les affaires les plus simples (petits litiges, contentieux administratifs, infractions mineures).
  • Deuxième niveau : les juges professionnels. En appel, des juristes professionnels reprennent le dossier, vérifient le travail de l’IA, traitent les éléments complémentaires et confirment ou infirment le jugement initial.
  • Troisième niveau : les Citoyens. Pour les affaires les plus sensibles, un jury citoyen tiré au sort peut être convoqué. Pour les questions de constitutionnalité, la Cour constitutionnelle tranche en dernier recours.

Le droit à l’humain. Quel que soit le niveau de traitement, tout Citoyen peut demander à être jugé par un humain, à tout moment et sans justification. L’IA est un accélérateur, jamais un substitut imposé.

Les biais. L’IA n’a pas de préjugé sur l’apparence, la classe sociale ou l’accent d’un prévenu. Mais elle peut reproduire les biais présents dans ses données d’entraînement : si la jurisprudence historique est discriminatoire, l’IA risque de perpétuer cette discrimination. L’audit régulier des biais algorithmiques est donc une responsabilité permanente, confiée conjointement à la Commission de surveillance et aux équipes techniques du ministère de la Justice.

Non seulement l’IA accélère drastiquement les procédures, mais elle en réduit le nombre : il devient très simple d’obtenir dès le départ une estimation fiable des chances de succès d’une procédure, ce qui décourage les recours abusifs et encourage les règlements amiables.

Comme toutes les institutions, la justice est soumise à la surveillance citoyenne. Mais cette surveillance porte exclusivement sur la forme : le bon fonctionnement des procédures, l’assiduité des juges, l’absence de conflits d’intérêt. Elle ne peut en aucun cas porter sur le contenu des décisions judiciaires.

L’indépendance de la justice est un principe non négociable de la Démocratie Numérique.

Références

  • Courts and Artificial Intelligence, Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ), 2018. La charte éthique européenne d’utilisation de l’IA dans les systèmes judiciaires : les principes que la Démocratie Numérique reprend et dépasse.
  • Prediction Machines: The Simple Economics of Artificial Intelligence, Ajay Agrawal, Joshua Gans & Avi Goldfarb, 2018. L’analyse économique de l’IA comme outil de réduction du coût de la prédiction, applicable à la justice comme à la gouvernance.