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3.2. La représentation

Une démocratie directe à 100% serait contre-productive : un travail de préparation est nécessaire en amont des votations, certaines fonctions requièrent des mandats de longue durée, et trop de sollicitations créeraient un effet de lassitude. Il faut donc des Citoyens qui se consacrent à ces tâches, sous contrôle permanent de leurs pairs.

Comment les choisir ?

Le tirage au sort est la méthode privilégiée. Il limite la formation d’une classe politique professionnelle, offre à chacun une chance égale de servir et réduit fortement les risques de clientélisme. Deux modes coexistent, adaptés à la nature de la fonction.

Parmi tous les Citoyens. Certaines fonctions confèrent un pouvoir de contrôle important : les commissions de surveillance citoyenne et les jurys populaires en sont les meilleurs exemples. Il faut éviter de les confier à des volontaires, par définition attirés par ce pouvoir. Le tirage au sort parmi l’ensemble des Citoyens donne à chacun une chance de se mettre au service de la société, et met en avant des représentants qui n’auraient peut-être jamais osé se proposer. Pour ces fonctions, la participation est un devoir civique, indemnisé, avec des exemptions motivées : santé, situation familiale, charge exceptionnelle. C’est le prix d’un contre-pouvoir qui ne soit pas peuplé de volontaires attirés par le contrôle.

Parmi les Citoyens volontaires. Les fonctions législatives et les commissions d’étude requièrent un engagement de longue durée, typiquement quatre ans. Il s’agit de changer de vie pour se consacrer au service de l’État. Le tirage au sort parmi des volontaires assure la motivation nécessaire, tout en conservant l’avantage de la sélection aléatoire : pas de campagne, pas de promesses, pas de financement. Le refus est ici un droit. Le même tirage établit une liste ordonnée de remplaçants, et le suivant dans cet ordre prend la place du Citoyen qui décline.

La mécanique du tirage. L’intégrité commence par celle du corps habilité. Avant chaque tirage, sa composition, les exclusions, les règles et la version du calcul sont fixées et publiées, avec un délai de contestation. La source et la date de l’aléa public sont annoncées alors que sa valeur reste encore inconnue. Tout Citoyen peut ensuite rejouer le calcul et contrôler le résultat. Le même calcul établit l’ordre des titulaires et des remplaçants. Un nouveau tirage intervient uniquement après une annulation formelle ou l’épuisement de la liste de remplacement, selon une règle publiée à l’avance.

La question de la représentativité. Un tirage parmi des volontaires ne produit pas un miroir parfait de la société, et ce n’est pas son objectif. Les plus fortunés ne se bousculeront pas pour consacrer quatre ans au service public, les plus éloignés de la vie civique se porteront moins volontaires : la classe moyenne sera vraisemblablement surreprésentée. Nous l’assumons. L’objectif du tirage au sort n’est pas le miroir démographique, c’est l’absence de classe politique professionnelle et de ses rentes. Une assemblée de volontaires renouvelée en permanence, surveillée par une Commission tirée parmi tous et révocable par RIC, représente les Citoyens bien mieux qu’un corps d’élus sélectionnés par la campagne et le financement.

Les listes d’experts. Pour certaines fonctions nécessitant une expertise technique, le tirage au sort s’effectue au sein d’une liste de Citoyens qualifiés dans le domaine concerné. Cette liste n’est pas un club fermé : le référentiel de qualifications est public, l’inscription est vérifiable par tous, le tirage au sort s’applique au sein de la liste comme partout ailleurs, et toute exclusion peut faire l’objet d’un recours. Le risque de capture, une corporation qui verrouillerait sa propre liste, est traité de front : critères transparents, audit permanent de la Commission de surveillance citoyenne, et dernier mot aux Citoyens, qui peuvent réviser le référentiel par votation.

Si la Démocratie Numérique favorise le tirage au sort, l’élection reste pertinente dans certains cas, par exemple pour désigner un porte-parole au sein d’une assemblée. On sollicite alors les Citoyens (élection directe) ou les membres d’un conseil (élection indirecte).

La méthode de désignation de chaque fonction est définie dans la Constitution Nationale.

Quelle que soit la méthode de sélection, un représentant ne peut pas effectuer deux mandats au même poste : c’est une règle constitutionnelle, inscrite dans le Code. Il peut en revanche servir à un autre poste, en passant par une nouvelle procédure de désignation. Il n’y a pas de profession d’homme politique en Démocratie Numérique.

La Démocratie Numérique assure à chaque représentant les moyens nécessaires pour exercer son mandat dans de bonnes conditions : rémunération motivante, prise en charge des déplacements, et assistance à la reprise d’activité en fin de mandat. Servir l’État ne doit pas être un sacrifice : c’est une mission, limitée dans le temps, à laquelle chacun doit pouvoir se consacrer sereinement.

Comment assurer la continuité des institutions quand les représentants changent régulièrement ? Le renouvellement est fractionné : typiquement, un quart de l’effectif est renouvelé chaque année pour un mandat de quatre ans. Les représentants entrants sont accompagnés par leurs pairs plus expérimentés, assurant la transmission des connaissances et la stabilité du travail en cours.

L’intelligence artificielle joue également un rôle dans cette transition. Chaque représentant dispose d’un assistant IA qui maîtrise l’historique des dossiers, les débats passés, l’état du droit et les travaux en cours. Un Citoyen tiré au sort n’arrive pas les mains vides face à une pile de dossiers ; il arrive avec des outils qui lui donnent accès à l’ensemble du contexte nécessaire.

La continuité est donc assurée par les textes fondateurs, le Code, le tutorat entre pairs et l’assistance de l’IA, pas par des individus irremplaçables ou intéressés. Le détail du fonctionnement des institutions est présenté au chapitre suivant.

Les Citoyens sont souverains, leurs représentants sont désignés. Voyons maintenant comment s’exerce concrètement le pouvoir : par le vote.

Références

  • Gil Delannoi & Oliver Dowlen (dir.), Sortition: Theory and Practice, Imprint Academic, 2010. Théorie et pratique du tirage au sort en démocratie, de l’Antiquité aux expériences contemporaines.
  • Terrill Bouricius, Democracy Through Multi-Body Sortition, Journal of Public Deliberation, 2013. Un modèle concret de démocratie multi-chambre entièrement tirée au sort, avec renouvellement fractionné, proche de la vision de la Démocratie Numérique.